La méthode
Comment on calcule tout ça.
Pour vérifier par toi-même : d’où vient chaque chiffre, comment on le calcule, et surtout ce qu’il ne dit pas.
§ 1 · Les naissances
Un fichier de l’Insee, de 1900 à aujourd’hui.
La base de tout : Insee, Fichier des prénoms, édition 2026 (parue le 16/07/2026), naissances 1900-2025 [1]. Il compte les bébés nés en France qui ont reçu chaque premier prénom, par sexe et par année, de 1900 à 2025, pour toute la France et par département.
Secret statistique. L’Insee ne publie un prénom, pour un sexe et une année, que s’il a été donné au moins 3 fois [1] ; même règle dans chaque département. Un prénom absent une année n’est donc pas forcément un prénom que personne n’a reçu : sur le site, il s’affiche « – », jamais 0. Les effectifs publiés sont arrondis au multiple de 5 [1].
Graphies regroupées. Les graphies qui ne diffèrent que par les accents comptent ensemble : Léa et Lea font un seul prénom, Léah reste à part. Après regroupement, le fichier compte 43 448 prénoms. Le rang affiché est le rang officiel de l’Insee, calculé sur la graphie exacte et les effectifs non arrondis.
Prénoms rares. Sous 100 naissances au total, la page est réduite : une demi-vie, une tendance ou une carte n’auraient pas de sens.
§ 2 · Les indicateurs
Part, demi-vie, cloche, carte : les définitions.
Part. Naissances du prénom pour 100 000 naissances du même sexe la même année, parmi les prénoms publiés. Elle efface le baby-boom et la baisse récente de la natalité.
Demi-vie. part des naissances du sexe ; depuis le pic, interpolation linéaire jusqu'à <= 50 % du pic. Pour comparer un prénom aux autres, on prend la variante recommandée (prénoms qui n’étaient pas encore donnés en 1900, pour voir leur vrai pic) et on affiche la médiane, en le disant. Les prénoms pas encore redescendus à la moitié de leur pic ne sont pas comptés : les demi-vies affichées sont un peu trop courtes.
Feu de paille. a = (F_pic/F_pic-5)^(1/5)-1 ; d = 1-(F_pic+5/F_pic)^(1/5) ; F = part des naissances du sexe [8]. Inclusion : 0 naissance en 1900 (pour ce sexe), pic >= 30 naissances, >= 6 années consécutives, pic entre 1905 et 2020, F_pic-5 > 0.
Courbe en cloche et phase. croissance relative de la part des naissances du sexe, année t -> t+1, moyenne par classe de fréquence [9]. Zones : « rare » sous 25 naissances par an, croissance la plus forte vers 87, saturation dès 575, déclin au-delà de 1 371. La phase (en montée, au sommet, en déclin, stable) combine la tendance sur trois ans (seuil : 10 %), un test qui écarte le hasard et la part du record déjà atteinte (au sommet : au moins 80 %).
Géographie. L’indice de sur-représentation compare, département par département, les naissances du prénom à celles qu’on attendrait s’il était réparti comme toutes les naissances (1 = comme la moyenne). On utilise une version « robuste » : naissances officielles de l’état civil comme référence, années récentes seulement, et un rapprochement vers 1 des petits effectifs, pour qu’un département où quelques bébés suffisent ne s’affole pas. Le département « le plus sur-représenté » doit dépasser ×1,25. Le berceau (là où le prénom décolle) demande au moins 50 naissances localisées ; le centre de gravité par décennie, au moins 30 naissances.
Vagues et jumeaux. Vagues recherchées quand le pic atteint au moins 100 naissances. Jumeaux : prénoms d’au moins 200 naissances dont la courbe ressemble le plus.
Prénom mixte. Quand le sexe minoritaire fait au moins 10 % de ses naissances (une convention du site).
Profil de trajectoire
Chaque prénom reçoit un profil qui résume la forme de sa courbe. Les sociologues décrivent une vie typique des prénoms : une montée, un pic, un déclin [27]. Les règles ci-dessous sont des conventions de DataPrenom.fr. Elles portent sur la part des naissances du sexe dominant (pour un prénom mixte, chaque sexe a son propre profil) et sont testées dans cet ordre : la première qui s’applique donne le profil.
- Trop rare : moins de 100 naissances en tout pour ce sexe, ou un pic sous 30 naissances dans l’année.
- Renaissance : au moins deux vagues distinctes, dont la première et la dernière culminent à 40 ans d’écart ou plus.
- En montée : hausse nette sur trois ans (part 2023–2025 contre 2020–2022 : au moins +10 %, avec un écart statistique d’au moins 2), à un niveau d’au moins 10 % de son record.
- Au sommet de la vague : pas de tendance nette sur trois ans, et un niveau récent d’au moins 80 % de son record.
- Feu de paille : demi-vie dans le quart le plus court des prénoms du même sexe, ou plus courte que leur médiane après une montée plus rapide que la moyenne (seuils ci-dessous).
- Trop récent : publié depuis moins de 15 ans.
- Classique : au moins 50 années au-dessus du quart de son record, et toujours donné aujourd’hui (au moins 25 naissances par an en moyenne sur trois ans).
- Purgatoire : niveau récent sous 10 % de son record.
- Après la vague : les autres cas, où le pic est passé sans que le prénom soit au sommet ni au purgatoire.
Niveau récent. Part moyenne des 3 dernières années (2023–2025), divisée par la meilleure moyenne sur 3 années consécutives de toute l’histoire du prénom (1 = à son record). Tendance (montée, sommet) : celle calculée pour la courbe en cloche, avec un test qui écarte les variations dues au hasard. Vagues : pics bien séparés de la courbe lissée, détectés par le programme de calcul des données.
Demi-vie comparée. Les seuils du feu de paille viennent de la distribution des demi-vies (variante « recommandée » des données) : chez les filles, quart le plus court jusqu’à 2,6 ans, médiane 4,9 ans (1 809 prénoms) ; chez les garçons, 2,8 ans et 5,4 ans (1 404 prénoms). Montée moyenne : 18 % par an [8] (notre mesure).
Un profil décrit le passé d’une courbe, pas l’avenir d’un prénom : un prénom au purgatoire peut revenir, un prénom au sommet peut y rester.
§ 3 · Les vivants
Combien de porteurs aujourd’hui ? Une estimation, pas un comptage.
Personne ne publie le nombre de Gabriel vivants. On l’estime au 1er janvier 2026 : pour chaque année de naissance, les bébés du fichier, multipliés par la probabilité d’être encore en vie pour cette génération et ce sexe, d’après les quotients de mortalité de l’Insee (tableau DEC3). C’est la méthode de FiveThirtyEight, appliquée à la France. On en tire l’âge moyen et médian, la pyramide par âge (comparée à celle de toute la France), et la rareté : « 1 personne sur N », sur 69 081 996 habitants.
Homonymes. La probabilité de croiser au moins un porteur parmi N personnes tirées au hasard vaut 1 − (1 − p)N, où p est la part du prénom dans la population.
Les limites
- Seules les personnes nées en France sont comptées : ni les immigrés, ni les départs à l’étranger. Pour un prénom fréquent chez les immigrés, il y a en réalité plus de porteurs.
- Premier prénom seulement ; un prénom d’usage différent n’est pas suivi.
- Quotients Insee calculés sur toute la population résidente (immigrés compris), appliqués aux seules personnes nées en France ; dénominateur Insee corrigé de la moitié du solde migratoire.
- Populations successives différentes : France métropolitaine (frontières historiques) avant 1946, métropole de 1946 à 1993, France ensuite ; naissances du Fichier des prénoms incluant les DOM.
- Quotients 2023-2025 provisoires ; années 1914-1919, 1938, 1943-1945 non publiées, interpolées (âges 0-1 recalés sur la mortalité infantile DEC8) ; 1900 copiée sur 1901.
- Au-delà de 100 ans : extrapolation par le modèle de Kannisto (ajusté sur 80-100 ans), table fermée à 110 ans.
- Naissances supposées réparties uniformément dans l'année (âges, quantiles).
- Même mortalité pour tous les prénoms d'une génération et d'un sexe ; migrations ignorées.
- Fichier des prénoms : prénoms donnés moins de 3 fois par an absents, effectifs arrondis, incomplet avant 1946.
§ 4 · La longévité
Un marqueur social, pas une cause.
Corrélation, pas causalité : le prénom ne fait pas vivre plus ou moins longtemps. Il est un marqueur du milieu social des parents, lui-même lié à la santé, au métier et aux conditions de vie.
On compare les décès de chaque prénom à ceux de sa génération. Pour les personnes nées en France entre 1946 et 1970 : décès observés entre 30 et 69 ans (fichier des personnes décédées [3]), divisés par les décès attendus si le prénom mourait exactement comme sa génération. Un ratio de 1 : comme tout le monde ; en dessous : moins de décès. Années de décès observées : 1980–1989 et 2011–2025 (les fichiers intermédiaires écrivent mal les prénoms composés).
On ne publie que les prénoms avec au moins 100 décès attendus, et on ne classe que les prénoms « fiables » (198 prénoms d’hommes, 243 de femmes) : on écarte ceux dont une part notable des porteurs décédés est née à l’étranger (à partir de 15 %), car leur mortalité est sous-estimée. La méthode suit celle de Baptiste Coulmont [34].
Les limites
- Le prénom ne fait pas vivre plus ou moins longtemps : il reflète le milieu des parents, lié à la santé, au métier et aux conditions de vie.
- Générations du baby-boom seulement : le ratio ne dit rien des porteurs plus jeunes ou plus âgés.
- Les décès à l’étranger ne sont pas enregistrés dans le fichier français.
§ 5 · Les élus
Plus ou moins d’élus qu’attendu, à âge et sexe égaux.
On compte les maires, conseillers municipaux, départementaux, régionaux, députés et sénateurs qui portent le prénom, d’après le Répertoire national des élus (mise à jour du 11 août 2026). Puis on calcule combien on en attendrait si chaque élu avait reçu son prénom au hasard parmi les bébés de son sexe et de son année de naissance. L’indice = observés ÷ attendus (1 = pile ce qu’on attendait).
L’indice n’est affiché que si on attend au moins 5 élus. Moins de 5 élus observés : on écrit « moins de 5 », pour ne désigner personne. Un prénom composé (Jean-Claude) est souvent réduit à son premier prénom sur les listes d’élus : on montre alors l’indice de la famille (tous les Jean-…) et on le dit. Les collectivités d’outre-mer absentes du fichier des prénoms ne sont pas comptées.
Les limites
- Un prénom n’explique pas une élection. Il marque une génération, un milieu social, une région ou une origine : l’indice décrit qui accède aux mandats, pas ce que valent les personnes.
- Prénom d’état civil et prénom d’usage diffèrent parfois (prénoms composés surtout).
§ 6 · Les rues
Les rues qui portent le nom de quelqu’un.
Dans la Base Adresse Nationale (2 201 995 voies), on cherche les rues, places, allées… dont le nom honore une personne avec un prénom (« rue Jean Moulin »), puis on compte par prénom : 223 276 voies au total. Une personne n’est nommée que si elle a au moins 3 voies dans au moins 2 communes.
On a vérifié à la main 200 voies tirées au hasard : 1 % d’erreurs de détection. Et sur 100 voies non retenues, 0 oubli.
Les limites
- Le sexe est celui du prénom (naissances Insee), pas celui de la personne : George Sand compte avec les hommes.
- Les noms de voies viennent des communes ou du cadastre : fautes, abréviations et inversions existent.
- Deux graphies différentes d’une même personne comptent pour deux.
§ 7 · Les communes
« Autant que d’habitants à… » et la capitale du prénom.
Pour donner une idée du nombre de porteurs, on cherche la commune dont la population est la plus proche (population municipale de l’Insee, communes de plus de 20 000 habitants d’abord). On n’écrit « autant » que si l’écart est vraiment petit ; sinon « presque autant », « un peu plus » ou « un peu moins ».
La capitale du prénom : la commune de plus de 2 000 habitants la plus proche de son centre de gravité (la moyenne des lieux de naissance, pondérée par les naissances), avec la distance. C’est un point calculé, pas l’endroit où le prénom est le plus fréquent. Positions : chefs-lieux de commune de l’IGN (Source : Insee ; IGN ADMIN EXPRESS).
Les limites
- Les porteurs vivants sont nés en France ; les habitants d’une commune, non : la comparaison donne un ordre de grandeur.
- Mayotte : populations légales plus anciennes, faute de recensement authentifié plus récent.
§ 8 · École, retraite, chiots
Les petits chiffres pour briller à table.
Homonymes en classe. Pour l’année de rentrée en CP (année de naissance + 6), on prend la taille moyenne des classes publiée par le ministère de l’Éducation nationale (DEPP), de 1960 à 2025. Avec t élèves et p la part du prénom parmi les bébés de l’année, le nombre moyen d’homonymes est (t − 1) × p et la chance d’en avoir au moins un, 1 − (1 − p)t − 1. Certaines années sont interpolées ou estimées : la page le dit (« environ »).
Retraite. Âge légal de départ selon la date de naissance (Cnav, Service des retraites de l’État, Service-public.fr) et âges moyens réels de départ (DREES). « 65 ans et plus » n’est pas « à la retraite » : on l’écrit prudemment.
Chiots. Les chiots de race inscrits au Livre des origines français reçoivent un nom qui commence par la lettre de leur année de naissance (20 lettres, sans K, Q, W, X, Y, Z). On donne la lettre de l’année du pic du prénom, de 1978 à 2027. C’est la seule donnée canine du site : les statistiques par race de la Société Centrale Canine ne sont pas réutilisables.
Les limites
- La classe « moyenne » est un modèle : tous les élèves nés la même année, prénoms tirés au hasard dans toute la France. En vrai, les prénoms se regroupent par région et par milieu : la vraie probabilité est plutôt plus forte.
- Une année où le prénom n’est pas publié (moins de 3 naissances), sa part est inconnue, pas nulle.
§ 9 · Les titres
« Top 5 % », « mode la plus courte » — d’où viennent les titres.
En haut d’une fiche, jusqu’à trois titres résument ce que le prénom a d’exceptionnel. Chacun est un calcul, jamais un jugement — on n’en décerne aucun sur un stéréotype ni sur la longévité. Un clic sur un titre affiche sa règle, son seuil et sa source. Quand plusieurs titres sont possibles, on garde les plus marquants.
- Rang de l’année. Rang officiel de l’Insee de la graphie exacte, rapporté au nombre de graphies du même sexe classées la dernière année — affiché jusqu’au top 5 %, à partir du rang 11.
- Les plus portés. Rang par nombre de porteurs vivants estimés (voir § 3) — affiché jusqu’au top 5 %.
- Les plus honorés par des rues. Rang par nombre de rues (voir § 6) — affiché jusqu’au top 5 %, à partir de 50 rues.
- Mode courte ou longue. Demi-vie après le pic comparée à celle des prénoms du même sexe ; affiché sous le 10e ou au-delà du 90e centile.
- Enseignes « Chez … ». Entreprises en activité de la base Sirene dont un nom commence par « Chez » suivi du prénom — affiché à partir de 10 enseignes.
- Tempêtes. Le prénom figure sur la liste officielle des noms de tempêtes de la saison (groupe Sud-Ouest européen, Fuente: AEMET).
- Québec. Part des naissances au Québec divisée par celle de la France ; affiché à partir de 3 fois.
- États-Unis. Le pic américain précède le pic français ; une coïncidence de calendrier, pas une preuve d’influence.
§ 10 · Les limites
Ce que les chiffres ne disent pas.
Un prénom ne cause rien : il reflète des goûts collectifs, des époques et des milieux. Les naissances en France ne sont pas les personnes vivant en France (décès, migrations), et le prénom de l’état civil n’est pas toujours le prénom d’usage. Les prénoms donnés moins de 3 fois par an sont invisibles dans le fichier public.
Le site ne connaît personne : il ne collecte aucune donnée, et toutes les statistiques sont agrégées. Quand un compte est trop petit pour ne désigner personne, il est masqué.
§ 11 · Refaire les calculs
Tout se recalcule.
Les fichiers sont téléchargés depuis les sites officiels puis transformés par un programme reproductible (dossier pipeline/), avec l’empreinte de chaque fichier. Calcul de cette édition : 30 oct. 2026. Quelques contrôles croisés avec les chiffres publiés :
- Naissances 2025 : 589485 dans le fichier des prénoms (écart expliqué)
- Nombre total de prénoms (1900-2025) : 87644320 (conforme)
- Gabriel + Louise 2025 : Gabriel 4650 + Louise 3075 = 7725 (faux)
- Léo 2025 : 3590 (garçons) + 30 (filles) (approché)
- Emma 2025 : 2320 (faux)
- Jean-Claude total : 174235 (conforme (arrondis))
- Jean-Claude en 2025 : 0 (non publié) ; dernière année publiée : 2023 (invérifiable)
- Didier absent en 2025 : 0 en 2025 ; dernière année publiée : 2023 (absent depuis 2024)
Le « prénom au hasard » est tiré parmi les prénoms d’au moins 1 000 naissances. Toutes les références : les sources.